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Le foie gras halal...Vraiment halal ?
La France, premier producteur de foie gras est aussi l’un des pays dans lequel, la question de la production n’est quasiment pas remise en cause ni même soulevée. Et pourtant, les méthodes de gavage pratiquées ne garantissent pas à l’animal, confort et bien être. Surviennent depuis quelques années des produits de type « halal ». Nous avons voulu en savoir un peu plus et nous avons demandé à M.Samir Zemmour, spécialiste français de la viande halal, de répondre à quelques questions. par Claire-ida Monnier
Qu’appelle t’on un produit halal ? Samir Zemmour : Un produit halal est un produit qui est licite. Un produit qui ne doit pas contenir des substances jugées illicites par l’islam. C’est tout ce que Dieu a permis sans qu’il n’y ait aucune interdiction. Quels sont les critères pour qu’une viande soit halal ? Samir Zemmour : Dans le domaine alimentaire, il faut distinguer les viandes et les autres aliments. En ce qui concerne les aliments issus des plantes, le critère halal va tenir sur le caractère nuisible et nocif pour l’homme comme par exemple certaines plantes toxiques (marijuana..). Existe-t-il des listes qui répertorient tous les aliments considérés comme halal par l’islam ? Samir Zemmour : Il y a des listes de classifications des aliments qui ont été établies. On les retrouve au travers les sources du droit musulman qui sont au nombre de trois. Il y a tout d’abord le Coran puis, la Sunna du Prophète (PBSL) et enfin les hadiths. Ces sources permettent d’établir des listes assez complètes des aliments dits halal.
Quels sont les spécificités de l’abattage rituel ? Samir Zemmour : L’abattage rituel consiste à sectionner l’animal au niveau de sa gorge : les jugulaires, carotides et œsophage. Le sacrificateur doit éviter au maximum toutes souffrances à l’animal en veillant à ce que l’instrument soit bien tranchant. Le Musulman doit prononcer une formule « au nom de dieu, dieu est le plus grand » « bismillah, allah u akbar ». Cette phrase doit être prononcée avant l’égorgement car pour supprimer une vie, le Musulman doit invoquer Dieu afin que ce geste devienne un sacrifice en son nom. Le Musulman sacrificateur doit-il réunir des qualités spécifiques ? Samir Zemmour : Le Musulman doit être pubère, responsable et sain d’esprit. L’abattage a-t-il un cadre juridique ? Samir Zemmour : En France, la loi interdit l’abattage d’un animal en dehors d’un abattoir quelque soit l’abattage. Il faut donc que cela se passe dans un abattoir par un sacrificateur musulman habilité par l’une des trois grandes mosquées : Paris, Evry, Lyon. Le sacrificateur doit bénéficier d’une présomption positive quant à son degré de pratique de la religion. Les animaux sont-t-ils tous autorisés à la consommation selon les règles islamiques ? Samir Zemmour : Il est établie, dans le règne animal, une classification qui divise les animaux en trois catégories : les animaux terrestres, les animaux marins, les animaux issus de la chasse. L’Islam tient il compte du bien être animal ? Samir Zemmour : Oui, il n’est pas permis à un Musulman d’abattre l’animal sans demander la permission à Dieu et de l’invoquer. L’abattage est avant tout un sacrifice pour l’islam et la permission d’ôter la vie d’un animal se fait par l’invocation. Le sacrificateur doit éviter d’infliger à la bête toutes souffrances inutiles. L’instrument doit être tranchant pour éviter toutes souffrances. En effet, les bonnes conditions de vie de l’animal ainsi que son alimentation sont également soumises au directives (ou impératifs) de l’islam. L’animal doit avoir été traité dans la dignité et le respect. Il faut donc veiller au bien être de l'animal et l’emmener dignement à la mort.
En cette période de fêtes, des produits nouveaux apparaissent sur le marché tel que le foie gras halal. Comment expliquer leur apparition ? Samir Zemmour : Ces produits répondent à un souci de toucher les consommateurs musulmans. Ce sont des produits de fin d’année à dimension culturelle. Dans un souci d’identification socioculturelle, ce genre de produit permet le partage des pratiques alimentaires et la convivialité tout en respectant les exigences religieuses de chacun. Cela va permettre de rapprocher davantage les Musulmans et les Chrétiens autour d’une table et de partager ensemble, un repas ou des pratiques, autour de produits festifs mais différents. Le foie gras est donc communément consommé à la différence qu’il se dit « halal » pour une clientèle musulmane. Peut-on garantir leurs caractères halal ? Samir Zemmour : Si le bien-être de l'animal, les conditions favorables (sans aucune maltraitance, avec un rythme de gavage naturel que son métabolisme peut supporter, ainsi qu’un abattage rituel islamique) sont respectés et garantis, alors les conditions du « halal » pourraient être réunies.
Samir Zemmour est chargé de cours en sciences économiques à l’universalité de Versailles Saint Quentin en Yvelines. |
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