La parole du jour

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(Hannah Arendt)

Le foie gras halal...Vraiment halal ?

  

La France, premier producteur de foie gras est aussi l’un des pays dans lequel, la question de la production n’est quasiment pas remise en cause ni même soulevée. Et pourtant, les méthodes de gavage pratiquées ne garantissent pas à l’animal, confort et bien être. Surviennent depuis quelques années des produits de type « halal ». Nous avons voulu en savoir un peu plus et nous avons demandé à M.Samir Zemmour, spécialiste français de la viande halal, de répondre à quelques questions.

par Claire-ida Monnier

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Le  mécanisme chez les oiseaux migrateurs qui vise à l’hypertrophie du foie par un gavage naturel est réversible et a pour but de stocker les graisses. Les méthodes de gavage industriel, telles qu’elles sont pratiquées actuellement sur les canards, provoquent une hypertrophie de l’organe 10 fois supérieure à son poids normal avec de graves répercussions irréversibles sur son  état de santé. Les conséquences sont : la compression de l’organe pulmonaire, les troubles respiratoires ainsi qu’une altération de la mobilité. Considérée comme torturante, de nombreux pays ont décidé d’interdire l’utilisation de ces méthodes de gavage… Nos voisins luxembourgeois, allemands, israéliens, finlandais, suisses et italiens par exemple, ont fait le choix de rendre illégale  cette fabrication.

Qu’appelle t’on un produit halal ?

Samir Zemmour : Un produit halal est un produit qui est licite. Un produit qui ne doit pas contenir des substances jugées illicites par l’islam. C’est tout ce que Dieu a  permis sans qu’il n’y ait aucune interdiction.

Quels sont les critères pour qu’une viande soit halal ?

Samir Zemmour : Dans le domaine alimentaire, il faut distinguer les viandes et les autres aliments. En ce qui concerne les aliments issus des plantes, le critère halal va tenir sur le caractère nuisible et nocif pour l’homme comme par exemple certaines plantes toxiques (marijuana..).
Concernant la viande, le licite repose sur l'abattage rituel qui doit respecter les directives et les obligations islamiques.  L’abattage n’est pas la seule condition; la vie de l’animal doit auparavant avoir été respectée dans sa dignité.

Existe-t-il des listes qui répertorient tous  les aliments considérés comme halal par l’islam ?

Samir Zemmour : Il y a des listes de classifications des aliments qui ont été établies. On les retrouve au travers les sources du droit musulman qui sont au nombre de trois. Il y a tout d’abord le Coran puis, la Sunna du Prophète (PBSL) et enfin les hadiths. Ces sources permettent d’établir des listes assez complètes des aliments dits halal.
Sont désignés toutefois dans ces sources, des produits connus de l’époque du Prophète (PBSL).
La jurisprudence islamique (fiqh) est un avis juridique portant sur des questions non traitées au préalable. Elle permet également d’apporter une lumière sur ces listes en donnant une position sur des produits nouveaux et contemporains comme les O.G.M (organismes génétiquement modifiés par l’homme) ou le clonage d’animaux.
En fonction de ces sources, il existe plusieurs écoles  de pensée sunnite :

  • école malékite
  • école hanafite
  • école chafiite
  • école hanbalite
Il faut savoir que rien n’est exhaustif et que les mises à jour suivent le cours de l’évolution des produits du marché. Dans un monde où les technologies permettent de nombreuses modifications, la consultation de jurisprudence islamique donne une réflexion supplémentaire aux consommateurs musulmans.

Quels sont les spécificités de l’abattage rituel ?

Samir Zemmour : L’abattage rituel consiste à sectionner l’animal au niveau de sa gorge : les jugulaires, carotides et œsophage. Le sacrificateur doit éviter au maximum toutes souffrances à l’animal en veillant à ce que l’instrument soit bien tranchant. Le Musulman doit prononcer une formule « au nom de dieu, dieu est le plus grand » « bismillah, allah u akbar ». Cette phrase doit être prononcée avant l’égorgement car pour supprimer une vie, le Musulman doit  invoquer Dieu afin que ce geste devienne un sacrifice en son nom.

Le Musulman sacrificateur doit-il réunir des qualités spécifiques ?

Samir Zemmour : Le Musulman doit être pubère, responsable et sain d’esprit.

L’abattage a-t-il un cadre juridique ?

Samir Zemmour : En France, la loi interdit l’abattage d’un animal en dehors d’un abattoir quelque soit l’abattage. Il faut donc que cela se passe dans un abattoir par un sacrificateur musulman habilité par l’une des trois grandes mosquées : Paris, Evry, Lyon. Le sacrificateur doit bénéficier d’une présomption positive quant à son degré de pratique de la religion.

Les animaux sont-t-ils tous autorisés à la consommation selon les règles islamiques ?

Samir Zemmour : Il est établie, dans le règne animal, une classification qui divise les animaux en trois catégories : les animaux terrestres, les animaux marins, les animaux issus de la chasse.
Tous les produits de la mer  ainsi que les animaux marins sont autorisés à la consommation. Les animaux terrestres, domestiques ou le bétail (bœufs, bovins volailles) sont autorisés à la condition qu'ils ne soient pas des carnassiers, c’est à dire qu’ils ne doivent pas manger de viandes. Les animaux de la chasse sont autorisés même s’ils ne sont pas égorgés. Quelques différences subsistent entre les différentes écoles juridiques concernant les animaux de la mer.

L’Islam tient il compte du bien être animal ?

Samir Zemmour : Oui, il n’est pas permis à un Musulman d’abattre l’animal sans demander la permission à Dieu et de l’invoquer. L’abattage est avant tout un sacrifice pour l’islam et la permission d’ôter la vie d’un animal se fait par l’invocation. Le sacrificateur doit éviter  d’infliger à la bête toutes souffrances inutiles. L’instrument doit être tranchant pour éviter toutes souffrances. En effet, les bonnes conditions de vie de l’animal ainsi que son alimentation sont également soumises au directives (ou impératifs) de l’islam. L’animal doit avoir été traité dans la dignité et le respect. Il faut donc veiller au bien être de l'animal et l’emmener dignement à la mort.
En conclusion, pour qu’une viande soit un  produit halal, elle doit  répondre aux critères islamiques d’abattage et d’élevage.

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En cette période de fêtes, des produits nouveaux apparaissent sur le marché tel que le foie gras halal. Comment expliquer leur apparition ?

Samir Zemmour : Ces produits répondent à un souci de toucher les consommateurs musulmans.  Ce sont des produits de fin d’année à dimension culturelle.  Dans un souci d’identification socioculturelle, ce genre de produit permet le partage des pratiques alimentaires et la convivialité tout en respectant les exigences religieuses de chacun.  Cela va permettre de rapprocher davantage les Musulmans et les Chrétiens autour d’une table et de partager ensemble,  un repas ou des pratiques, autour de produits festifs mais différents. Le foie gras est donc communément consommé à la différence qu’il se dit « halal » pour une clientèle musulmane.

Peut-on garantir leurs caractères halal ?

Samir Zemmour : Si le bien-être de l'animal, les conditions favorables (sans aucune maltraitance, avec un rythme de gavage naturel que son métabolisme peut supporter, ainsi qu’un abattage rituel islamique) sont respectés et garantis, alors les conditions du « halal » pourraient être réunies.
Notons toutefois que ce procédé de gavage est très largement industrialisé et qu’il semble, à priori, difficile de réunir les principaux critères du halal.
Il apparaît donc, que la question de la fabrication du foie gras halal n’est qu’une dimension d’un problème bien plus vaste. A partir du moment où la question des produits alimentaires halal est de plus en plus fréquente et attire de plus en plus d’industriels et de consommateurs musulmans, il apparaît impossible de garantir une traçabilité ainsi que la systématisation du contrôle  à tous les niveaux et sur tous les produits. 

22/12/2008

 

Samir Zemmour est chargé de cours en sciences économiques à l’universalité de Versailles Saint Quentin en Yvelines.
Il a développé ses recherches au sein du C3ED - Centre d'Economie et d'Ethique pour l'Environnement et le Développement de l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Il est l’auteur des ouvrages suivants disponibles chez l’édition harmattan

  • Le marché de la viande halal : évolutions, enjeux et perspective.
  • Vers une certification de la viande halal ?

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Raffaello  - HALAL LE GAVAGE ???   |2009-12-08 00:03:01
Assalamou aleykoum.

Je me demande si notre Prophète (saws) et même tous les
prophètes auraient appréciés la manière dont sont traités ces animaux, à ce jour...