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Finance islamique : mode d'emploi La finance islamique est un compartiment de la finance éthique. Elle repose sur une série d’axiomes : la monnaie n’est pas une marchandise, mais une mesure de la valeur, toute dette constitue une responsabilité, dont le commerce est prohibé, la finance est au service de l’économie réelle et de la création de richesse, elle place l’humain au centre de ses préoccupations, elle évite l’endettement excessif des emprunteurs. Par Anouar Hassoune, Vice-Président, Moody’s
De là découlent cinq principes: l’interdiction de l’intérêt (ou riba en arabe), puisqu’en Islam il est interdit de faire commerce de l’argent et de se rémunérer par le seul fait de l’écoulement du temps, l’interdiction des secteurs illicites (ou haram), comme les jeux d’argent, l’alcool, la viande de porc, l’interdiction de la spéculation (gharar) et de l’incertitude dans les contrats (maysir), obligation de partage des pertes et profits entre co-investisseurs, et obligation d’adossement de toute transaction financière à un actif tangible (comme un bien immobilier par exemple).
Les banques islamiques n’ont pas vocation à faire commerce de l’argent, et à se rémunérer pour le seul fait de l’écoulement du temps. Au regard des principes auxquels elles sont assujetties, les banques islamiques sont les partenaires des agents économiques auxquels elles offrent des services de financement et d’investissement. De surcroît, les banques islamiques ne peuvent pas vendre ce qu’elles ne possèdent pas, par conséquent la pratique du « short-selling » (i.e. de vente à découvert et donc de la spéculation à la baisse) est en principe prohibée. La finance islamique moderne est un phénomène récent : guère plus de 30 années nous séparent de l’émergence des premières banques islamiques ; au tournant du millénaire, le marché des Sukuk (obligations islamiques) était virtuellement inexistant. Aujourd’hui, les estimations convergent : fin 2008, la finance islamique pèse 840 milliards de dollars dans le monde. C’est une industrie qui reste encore très intermédiée, c’est-à-dire dominée par les banques : en effet, la somme des bilans bancaires des banques entièrement conformes aux principes de l’islam financier, des compagnies d’assurance islamiques (dites de takaful) et des banques conventionnelles à « fenêtres islamiques » représentent 600 milliards de dollars à la même date. La différence, soit 240 milliards de dollars, est portée par les fonds d’investissement islamiques (environ 70 milliards de dollars), les actifs hors-bilan des banques islamiques (150 milliards de dollars) et les bilans des compagnies d’assurance, dites de Takaful (environ 20 milliards de dollars).
Cela dit, les banques islamiques ne sont pas immunisées contre les chocs : elles ont simplement été résilientes à cette crise-là, essentiellement caractérisée par un effondrement de la pyramide du crédit facile. La résilience de la finance islamique est sans aucun doute liée au fait qu’elle est plus éthique que la finance conventionnelle, essentiellement amorale, sans pour autant être immorale en soi. Les principes et axiomes de la finance islamique l’attestent avec force. Le caractère éthique de la finance islamique est sa raison d’être, son facteur de différenciation, son ADN. Sans cela, elle n’aurait rien de plus à offrir que le commerce de l’argent déjà pratiqué depuis plus de quatre siècles. Elle répond en effet à une demande de redécouverte des valeurs de mesure, de tempérance, de relativité des profits, d’équité et de justice sociale; autrement dit, elle doute de la démesure et ne recherche pas le gain d’argent à tout prix. Cela dit, cette offre alternative davantage un complément plus qu’un substitut à la finance conventionnelle. La finance islamique attire de plus en plus parce qu’elle a en permanence le souci des hommes et des femmes qui font notre monde commun. D’ailleurs, elle n’est pas destinée uniquement aux Musulmans, mais à toutes les personnes de bonne volonté qui considèrent que l’économie, et son fidèle vassal – la finance, sont des instruments au service de l’humain; pas l’inverse. La finance islamique, en cela très kantienne, refuse de considérer les êtres humains comme des marchandises ou des moyens, mais davantage comme des fins.
Il est important de noter que la finance islamique porte un projet économique, pas politique, ni communautaire, notamment en France. Le communautarisme est une réponse politique à une frustration sociale. La banque islamique est une offre financière qui répond à un besoin économique, lui-même largement universel. Si la finance islamique en France a valeur de symbole, ce sera celui de rassembler plutôt que de disjoindre, comme un pont entre deux mondes.
Par définition biculturelle, l’activité de banque islamique en France sera une ouverture, une chance, davantage qu’un sanctuaire. La place de la France dans l’industrie financière islamique est encore à établir, mais nous disposons déjà des facteurs clés de succès à même de faire de l’Hexagone tant un marché d’avenir pour la finance islamique, qu’un laboratoire d’idées et de pratiques innovantes en la matière. D’ailleurs, en décembre 2008, les règles de droit en France ont été amendées par le Ministère des Finances pour permettre l’émergence d’une finance islamique à la française, en tant que moteur supplémentaire de l’économie nationale, et complément davantage que substitut à la finance conventionnelle en crise. 31/03/2009 |
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