|
Leila Ghandi, un appel au partage Née au Maroc à Casablanca, Leila Ghandi est exploratrice, reporter, photographe, écrivain, artiste…Le bac en poche, elle poursuit ses études à l’Ecole Supérieure de Commerce de Bordeaux puis à Science-Po Paris. Mais au lieu de suivre une carrière toute tracée, Leila décide de partir à l’aventure, de voyager, d’aller au contact de l’autre. Elle a 15 ans lorsque pour la première fois, elle voyage seule. Les années passent et les voyages se font de plus en plus lointains. Du Tibet au Chili en passant par la Chine et le Kenya, elle décide d’immortaliser ces moments par des photos prises au vif d’une rencontre, d’un échange. Photographier pour Leila, c’est un pas vers l’autre, un acte d’amour. Comment rester insensible à ces images fortes en émotions et qui respirent l’humanité.
MWM a rencontré celle qui, à sa manière, essaie de rapprocher les hommes les uns des autres. Voyager seule à l’âge de 15 ans, comment est-ce possible ? Leila : Le voyage est un héritage qui vient de loin. Mes parents étaient de grands voyageurs et c’est tout naturellement que j’ai suivi cette voie. Mon premier voyage seul, à 15 ans donc, c’était direction l’Angleterre. L’année suivante, j’ai passé un mois en Australie…Tout ça a pu se faire grâce à un environnement familiale ouvert et curieux. J’ai conjugué mes voyages avec ma scolarité: c’est donc l’été que je partais. Tous ces voyages se sont faits parallèlement à mes 6 années d’études (ndlr: cursus en grandes écoles). Quand on aspire à voyager, ça devient une question de priorité. On économise pour se donner les moyens d’aller au bout. De plus, les pays que je visitais étaient des pays où le coût de la vie n’est pas élevé. Je n’hésite pas à faire de long trajet en trains ou à dormir chez l’habitant. Vous avez récemment reçu le trophée de la réussite au féminin. C’était important pour vous cette reconnaissance ? Leila : C’est très important, mais pas indispensable. Cela a été une surprise, un vrai cadeau. Ça fait partie des encouragements qui m'incitent à continuer, me confortent dans l'idée que ce que je fais est bien. Conduire sa vie comme vous l’avez fait jusqu’à présent, c'est-à-dire, aller au bout de son rêve, est-ce encore possible aujourd’hui en ces temps économiques difficiles? Leila : Bien sûr, c’est même encore plus vrai aujourd’hui que ça ne l’était avant. Il est indispensable que chacun de nous puisse s’accomplir et puisse être heureux dans le chemin qu’il a choisi d’emprunter. Le contexte économique actuel est, pourquoi pas, une occasion de se remettre en question. Se poser les bonnes questions afin de faire un point avec soi-même. Qu’est ce qui est bon pour moi ? Pour nous…Tout ça est possible quand le rêve n’est pas un caprice.
Ce rêve doit être profond et véritable, réel. Souvent on me dit : « Tu devrais parler à mes enfants, j’aimerais tellement qu’ils fassent comme toi… » Mais non, je réponds non. Leurs rêves n’ont peut-être rien à voir avec les miens. Il faut l'identifier en toute honnêteté, et se donner les moyens de l’accomplir. Ce rêve doit être véritable, et personnel. Il ne s’agit pas de s’approprier les rêves des autres. Il faut puiser au fond de soi-même pour donner un sens à sa vie. Votre travail reflète le regard que vous portez sur l’autre. On sent beaucoup d’humanité. Aujourd’hui, on manque cruellement de ce genre de regard. Que faudrait-il, selon vous, pour changer les perceptions des uns et des autres ? Leila : Pour comprendre l’autre, il faut se présenter, c’est un préalable indispensable pour se connaître, s’accepter et par la suite, s’aimer. Souvent, on a peur de l’inconnu. Il faut créer un terrain de rencontre, participer au comité interculturel, interreligieux afin de balayer les idées reçues. Toute seule, dans mes déplacements, c’était aussi l’occasion pour moi de donner une autre image du Maroc, de la culture musulmane. A travers le contexte international, on peut facilement se laisser aller aux préjugés. Mais chacun doit y mettre du sien. Il ne faut pas tout attendre de l’autre. Il faut faire un pas vers l’autre. Ce qu’on attend de l’autre, il faut savoir le donner aussi.
Citoyenne du monde, Leila va au-delà des frontières culturelles et confessionnelles pour permettre à ses concitoyens de se découvrir. Cette démarche n’est pas sans rappeler celle du documentaire « 6 Milliards d’autres » de Yann Arthus Bertrand et on se dit qu’elle aurait pu ou dû faire partie de l’aventure. Mais les images défilent, les regards, les sourires, les couleurs se succèdent et on comprend que pour Leila, chaque sujet est unique. Retranscrire la diversité dans tous ses états en ayant une démarche personnelle, authentique, c’est le plus de Leila Ghandi. Le site de Leila Ghandi : www.leilaghandi.com 16/04/2009 |