La parole du jour

L'oeil ne voit bien Dieu qu'à travers les larmes.

(Victor Hugo)

Musulmanes & Artistes, aux Etats-Unis

 

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Elles s’appellent Cristal, Maiesha, Dana. A elles trois, elles constituent le "PT" (« Progress Theater »/ le théâtre du progrès). "PT" est une troupe multidisciplinaire d’artistes interprètes engagées souhaitant utiliser l'art pour encourager la conscience sociale, le dialogue intercommunautaire et la sensibilisation culturelle. Depuis 2001, le "PT" propose au public des performances dynamiques qui sont une fusion entre le théâtre, la danse, le blues, les contes, le spirituel, le R&B, la poésie et le hip-hop, pour explorer les préoccupations sociales de la jeunesse américaine.

Vous êtes encore très méconnues en France, je vous laisse donc le soin de vous présenter à nos lectrices.

Cristal : Je m’appelle Cristal Chanel Truscot et je suis la fondatrice et directrice artistique du «Progress Theatre». Je suis née et j’ai grandi à Houston, au Texas.
J’ai étudié le théâtre au lycée puis à l’université de New-York (NYU) où j'ai également obtenu un diplôme en études Africaines. Actuellement, j'achève mon doctorat sur les représentations historiques des Musulmans dans le Théâtre américain.

Maiesha : Mon nom est Maiesha McQueen, je suis également membre fondatrice et compositrice de musique pour le "PT". Je suis née dans le New Jersey et j’ai grandi à Atlanta. Mes parents étaient également des artistes. Mon engagement dans les arts n’a vraiment commencé qu’à l’âge de 13 ans. Après des études de théâtre au lycée, j'ai continué dans cette voie à l'université de New York (NYU). J'ai aussi un master d’éducation de l'Université de Forham.

Dana : Mon nom est Dana Bowles. En plus d’être membre du "PT", je suis coordinatrice du travail social, une branche que nous avons développée avec le  "PT". Je suis née et j’ai grandi à Baltimore, dans le Maryland. Comme les autres, mon premier contact avec le monde artistique est arrivé très tôt dans ma vie. J'ai aussi suivi des cours d'art  au lycée, avant d'aller à l’université de New-York où j'ai été diplômée dans cette matière. J'ai aussi un master d’éducation de l'Université du Maryland

Comment est venue l’idée de créer cette troupe ?

Cristal : Lorsque j’ai pris conscience de mon talent (le chant), j’ai souhaité l’utiliser au service des autres et ainsi contribuer aux changements positifs dans le monde. Peut-être que si mon talent avait été d'une autre nature, par exemple, dans la médecine, mon idée aurait été de construire une clinique offrant des soins à un prix abordable ou gratuit (aux Etats-Unis, le système de santé est extrêmement cher). Puisque mon don est artistique, il me fallait trouver un moyen d'utiliser le théâtre comme une sorte d'activisme ou philanthropie. Le théâtre est un outil merveilleux pour traiter des questions sociales comme les préjugés ou les stéréotypes . 
C'est un lieu de distraction qui peut aussi susciter des émotions profondes, faire partager de nouvelles perspectives et des expériences pouvant changer le regard des gens sur  le monde qui les entoure. Considérer la diversité humaine comme un enrichissement et non pas comme une menace. De plus, j'ai toujours aimé l'idée d'une collaboration, d’un partenariat artistique. Une équipe qui travaillerait ensemble pour atteindre ses objectifs. Lorsque Maiesha et moi avons fait connaissance, nous avons rapidement partagé cette même vision spirituelle et artistique.

sur scene

Comment les as-tu rencontrées ?

Cristal : Maiesha et moi étions dans le même cours à l’université de NYU, mais nous ne nous connaissions pas très bien. Après avoir écrit « PEACHES », la pièce qui allait être la première représentation de "PT", j'ai commencé à chercher autour du campus des acteurs qui pourraient aussi chanter. A maintes reprises, des personnes m'ont suggéré Maiesha. De son côté, elle a entendu dire que je tenais des auditions et s’est inscrite tout de suite. Nous sommes devenues des collaboratrices artistiques presque instantanément. Pendant l’audition, elle a été en mesure de mettre en musique mes paroles, comme si elle lisait en moi. Très vite, nous avons travaillé comme une équipe. Cette connexion mutuelle continue à ce jour. Dana a auditionné un an plus tard, dans le cadre d'un groupe plus important et elle aussi, s’est  distinguée. En plus d’être une artiste de talent, sa passion et sa sincérité fait le plus grand bien à la troupe. La venue de Dana a finalisé la connexion entre nous trois, comme un ensemble. 

Comment vous partagez-vous le travail ?

Cristal : En tant qu’auteur, j’écris les textes, Maiesha écrit la musique et nous collaborons pour faire en sorte que le texte et la musique soient en phase. Ensuite, nous nous réunissons toutes, Maiesha, Dana et moi-même. Nous travaillons dure nos répétitions afin de réaliser une performance digne d’être présentée sur scène.

Pourquoi ce nom « Progress theater » (le théâtre du progrès) ?

Cristal : Je suis tombée amoureuse d'une citation de Malcolm X (El-hadj Malik Shabbazz) où, en 1964, il a défini le progrès comme suit : « Si vous m'enfoncez un couteau dans le dos jusqu'à neuf centimètres de profondeur et que vous le retirez de trois centimètres, ce n’est pas du progrès. Même si vous le retirez complètement, ce n'est pas du progrès. Le Progrès, c’est de soigner la plaie. L’Amérique n’a même pas encore commencé à accepter l’existence du couteau. » En lisant ceci pour la première fois, on peut penser que l’analogie est très sévère. Cependant, ce que j’ai retenu de la citation, c'est que pour progresser il faut soigner et pour soigner, il faut avant tout accepter l’existence de la plaie. Progresser, c’est honorer et retenir les leçons du passé. Il faut aider cette génération à comprendre les combats d’aujourd’hui et à promouvoir la compréhension, la réconciliation et l’unité dans la diversité. Cette idée du progrès m’a donc enchantée et j’ai su que c’est ce que je voulais que la troupe représente. En considérant le cycle du progrès comme infini, le nom « Progress Theatre » indique alors l'effort continu mis en œuvre pour la  réalisation de notre mission. L'intention de lutter contre les stéréotypes va bien au-delà de nos investissements personnels.

 
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Il faut promouvoir l'idée, qu’aucune identité ou histoire ne devrait être réduite à une étiquette ou à une image.
L'un des moyens de compréhension entre les cultures, est d’encourager les
gens à regarder au-delà de leurs idées préconçues pour trouver dans toute histoire, l'humanité.

Maiesha : Pour nous, "Progress Theatre" est tellement plus qu'un nom, il expose notre mission.

Dana : "Progress Theatre" représente quelque chose qui est ... frais, novateur et original.

 

 

 

ptComment votre foi influence-elle votre jeu ?

Cristal : Etre Musulmane a forcément un impact sur mon travail dans le sens où mon intention est de faire en fin de compte, une activité qui soit acceptable et agréable à Dieu. Cela fonctionne sur plusieurs niveaux. Ça se traduit d’abord par quelque chose de simple, à savoir, faire en sorte que nos spectacles ne contiennent pas de blasphèmes, de conduites ou de vêtements obscènes. Dans un sens plus profond, cela signifie que mon plus grand effort est de défendre ma responsabilité en tant que Musulmane. Etre au service de ma société, corriger les injustices, soit avec mes mains, mes mots ou mon cœur. C'est énorme. Nous devons donc, donner une voix aux histoires injustement réduites au silence, tenter de combler les lacunes et renforcer la compréhension entre les différentes communautés. Telle est ma responsabilité en tant qu’artiste musulmane.

Dana : Je pense que l'ensemble de nos histoires personnelles et cheminement spirituel ont un impact sur qui nous sommes sur la scène et en dehors. Ce qui nous unie, c'est notre désir de faire un travail qui soit agréable à Dieu. Notre spiritualité nous maintient humble et nous donne la motivation de continuer (Dana est de confession chrétienne).

Qui compose essentiellement votre public ?

Cristal : Nous sommes vraiment très fiers que nos spectacles permettent de réunir des personnes de différentes cultures, religions, des jeunes et moins jeunes.  Il est aussi important pour moi, de faire venir des personnes qui ne fréquentent pas habituellement le théâtre. Certains de nos plus fidèles supporters sont des gens qui ont l'air différents de nous, qui pensent différemment de nous, qui appartiennent à une génération différente de la nôtre. Nos spectateurs amènent leurs amis au spectacle, souhaitent que l’on se produise dans leurs villes.  Le hall de réception, après nos spectacles, est généralement animé avec des conversations intenses entre personnes qui pensaient  n'avoir rien en commun, mais qui, une fois à l’extérieur, discutent. C’est très motivant de voir ces échanges, ces dialogues briser les obstacles et renforcer la compréhension. C’est notre rêve !

Maeisha : Je pense que l'une des plus importantes responsabilités que nous avons en tant qu'artiste, c’est d’emmener le public vers un unique et passionnant voyage. Ils doivent se sentir connectés avec des histoires et des expériences souvent inaccessible à l'extérieur du théâtre. C'est la vraie magie de l'art et nous essayons de faire de cette possibilité, une réalité chaque fois que nous montons sur scène.

Quelle a été la réaction de la communauté musulmane lors de votre première représentation ?

Cristal : Les réactions du public musulman qui assiste à nos spectacles sont extrêmement positives, d’autant plus que les personnes qui nous suivent et qui nous sont fidèles sont Musulmanes. Ils sont émus et fiers de voir le travail que nous réalisons. Avec certains Musulmans, la première difficulté était de les amener au « Progress Theater », acheter les billets et être présents sur les sièges du théâtre. Je pense que ce type de résistance initiale est dû à l'absence de référence pour les Musulmans sur cet art. Il n'y a pas vraiment eu de dialogue ou d’éducation islamique disponible sur ce que peut être l’art halal dans notre société. Aux Etats-Unis, beaucoup de Musulmans sont très à l’aise avec le hip-hop "halal" et tous ce qui relève de l’oral, mais il n’y a pas encore vraiment d'espace de dialogue ou de soutien pour des artistes femmes. Donc, ce que vous obtenez en  premier lieu comme réaction, c’est une hésitation. Beaucoup de personnes sont sans avis et ce, avant même d'avoir vu ce que nous faisons. Le moment magique c'est quand les plus sceptiques, après l’une de nos performances, oublient leurs préjugés et sont agréablement surpris et  émus. En général, c’est un nouveau public que nous avons gagné.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Cristal : Eh bien, nous prévoyons de continuer à créer de nouvelles œuvres et à faire des tournées. Nous sommes également très enthousiastes à l'idée de développer notre programme d’arts pour les plus jeunes, « Generation Progress » et voir ce que va devenir l'œuvre de ces étudiants. Le ciel est la seule  limite.


Qu’auriez- vous envie de dire aux femmes musulmanes qui souhaitent se lancer dans une carrière artistique ?

Maiesha : Faites-le. Faites des du'a (invocation-prière) et faites-le.
Cristal : Absolument d’accord !


eAujourd’hui, "PT" a ajouté une corde à son arc en créant « GENERATION PROGRESS, Arts & Education ». Cette structure est conçue pour engager, soutenir et inspirer les jeunes afin qu’ils puissent contribuer à l’avancée de leurs communautés. En ciblant les étudiants de l'école primaire, du collège et de l'université, "PT" s'efforce de développer une nouvelle génération d'amateurs de théâtre. « PT GENERATION » introduit le théâtre comme un outil d'auto-expression et de participation sociale par le biais de classes de théâtre, d’ateliers d'arts…

Propos recueillis et traduits par Chahira Aït Belkacem.

Photo par Akintoye Moses

 

 

 Pour écouter "Progress Theater": http://www.myspace.com/progresstheatre

 

26/12/2008

 

 

 

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Layal   |2010-01-04 21:14:33
Salaam a'leykom

Magnifique, le projet est novateur et ô combien salutaire dans cette
oumma culturellement ''asphyxiée'' (si ce n'est les musalsal et autres Dallas à la
mexicaine)

Et nous ? Que faisons-nous ? Où en est-on ?